Un mot, une rencontre au pied de la grue

lettrine Au bord du bâtiment 24, je voyais tous ces gens qui s’arrêtaient pour regarder l’immeuble en train de rapetisser. C’était un spectacle étrange. Je me demandais ce que leur inspirait cette immense machine en action. Au fil des jours, le géant de béton disparaissait peu à peu, la poussière faisait partie du paysage mais il y avait toujours autant de spectateurs. Curieuse de ce qu’ils avaient à dire, je suis partie à leur rencontre. Je leur ai demandé d’écrire un mot, ou plusieurs, selon leur humeur. Je ne voulais pas troubler leur réflexion, inspirée par cette grande masse en métal en train de grignoter un bout de quartier. Je souhaitais seulement en prendre une photo, en garder un instantané.

démolition du bâtiment 24 - 3Je ne savais pas encore ce que j’allais en faire, mais je savais que ces messages auraient du sens. Je ne me suis pas trompée. Les mots sont venus, puis les paroles, car écrire délie les pensées pour en faire des histoires, les leurs. Debout, face à la grue, chacun plongeait dans ses souvenirs et racontait. Pendant ces quelques heures passées dans la rue, j’ai récolté une mosaïque de témoignages, tous inspirés par la disparition du bâtiment 24.

démolition du bâtiment 24 - 4CES MACHINES QUI INSPIRENT

Il y a ceux, impressionnés par la machine, ceux « du métier », qu’un tel spectacle renvoie à leurs souvenirs. Et il y a ceux qui vivent tout près et subissent la poussière.

La grue « mange » l’immeuble, dit ce Monsieur qui, connaît bien le métier. Pour sûr, il a construit « le 24 ». Il montait les briques jusqu’en haut sur l’épaule. Il n’y avait pas de grue à l’époque dit-il, c’est après que la grue est arrivée; je m’en souviens c’est moi qui ai monté les rails pour la déplacer.

Et la poussière, la poussière qui entre partout, surtout dans le bâtiment voisin qui reste habité en attendant d’être totalement vidé. Les gens ne dorment pas à cause de la poussière, dit ce locataire du 23.

Et puis il y a le spectacle de ces énormes machines, l’enfant qui imagine un dinosaure en action; puis une autre personne qui me dit « je suis maçon et à côté je me sens petit. Moi je construisais et cela fait drôle de voir que l’on détruit « . Et il se souvient de son métier et de la poignée de trimestre qui lui manquait mais « qu’il n’a pu tenir ». Un maçon il finit souvent sur la ligne rouge, dit-il en fixant le chantier.

démolition du bâtiment 24 - 5LES SOUVENIRS REVIENNENT

Les appartements surgissent au fur et à mesure. C’était surtout un lieu de vie, rempli de souvenirs personnels, souvent lointains, parfois jusqu’à l’enfance.

«  Là haut, vous voyez où l’on voit les restes de papier peint ? C’est là où habitait unetelle.  »

« Moi j’ai connu l’endroit quand j’étais enfant : ce n’était qu’un trou, et puis il y a eu le remblai et ensuite les bâtiments. A l’époque, c’était moderne, rien à voir avec l’image d’aujourd’hui. Beaucoup de gens qui habitaient St Georges voulaient venir ici car il y avait une salle de bain. »

« Il y a longtemps dans les années 70, c’était un quartier tranquille, on passait des soirées dehors à la place actuelle du métro. Je me souviens que je pouvais laisser ma voiture ouverte, personne ne serait venu la visiter. »

Démolition bâtiment 24 - 8LE 24, UN SYMBOLE POUR LE QUARTIER

« On trouvait tout ce qu’on cherchait dans ce bâtiment » dit une dame. « Une paire de chaussure, une télé » avant d’ajouter en plaisantant :  » je vais l’acheter où mon poste maintenant ? »

Et ce Monsieur de dire « détruire le 24 pour assainir le quartier »

DE GRANDS CHANGEMENTS A VENIR

Et puis il y a l’espoir ou l’inquiétude que représentent la rénovation du quartier.

Brigitte parle des plus démunis et qui se demande où ils seront relogés, avec l’augmentation des prix des loyers.

Mais aussi beaucoup d’attente. « Après ça sera joli » dit cette Dame. Une autre ne trouve pas à son goût les nouvelles construction de Niel, les qualifiant de « clapier ».

Démolition bâtiment 24 - 9Enfin, celui plus lyrique, fin connaisseur de l’histoire du quartier souhaitera conclure le jeu des mots par une question en forme de pirouette :

« Le bâtiment 24 est né dans la poussière, il retourne à la poussière. Quelle déchéance ?  »

lettrine Aujourd’hui le chantier se vide, il laisse place à une friche avant de voir germer le futur centre commercial d’Empalot. Une page se tourne pour le 24. Celle-ci se remplira peut être d’autres témoignages, lors d’un prochain chantier, prévu en octobre. Et si on se donnait rendez-vous devant bâtiment 20 ?

Nathalie M.

démolition du bâtiment 24 - 7

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